LA PEUR NE GOUVERNERA PLUS LE TCHAD
GOUVERNANCE

LA PEUR NE GOUVERNERA PLUS LE TCHAD

Par Djoret Tedang Biaka 10 May 2026

La lâcheté du président (1/6) : ne pas croire en sa capacité à transformer la vie des Tchadiens


La première lâcheté d’un président n’est pas toujours de fuir devant l’ennemi. Elle peut être plus grave, plus silencieuse, plus destructrice : ne pas croire en sa propre capacité à transformer la vie de son peuple.


Au Tchad, depuis toujours, le problème du pouvoir n’est pas seulement son autoritarisme. Ce n’est pas seulement la fermeture de l’espace politique, la confiscation des institutions ou l’usage de la peur comme méthode de gouvernement. Le drame le plus profond est ailleurs : au sommet de l’État, tout se passe comme si l’on avait renoncé à l’idée même que la politique puisse changer la vie réelle des Tchadiens.


Oui, on gouverne comme si la pauvreté était une fatalité. Comme si l’injustice était une tradition. Comme si l’humiliation sociale était le destin naturel du peuple. Comme si l’école pouvait continuer à décliner, l’hôpital à manquer de dignité, la jeunesse à errer sans avenir, les familles à survivre dans la débrouille, et l’État à rester une machine de domination au lieu de devenir un instrument de protection.


Un président qui croit réellement en sa mission ne passe pas son temps à chercher des ennemis: non, il cherche des solutions. Il ne voit pas dans chaque citoyen critique une menace à neutraliser: non, il voit dans la colère populaire le symptôme d’un pays malade. Il voit dans la jeunesse désespérée un appel à l’action. Il voit dans la pauvreté des familles un échec national à réparer.


Les statistiques nous rappellent que la pauvreté et la vulnérabilité restent massives au Tchad, avec une économie encore fragile, une forte informalité du travail et des perspectives sociales préoccupantes. Ces chiffres ne sont pas seulement des données, ce sont des vies. Ce sont des enfants qui abandonnent l’école, des femmes qui portent seules le poids de la survie, des fonctionnaires étranglés par le coût de la vie, des jeunes diplômés qui perdent foi dans leur propre pays.


Voilà le vrai procès politique : un président qui ne croit pas à la transformation finit toujours par gouverner par la peur. Parce qu’il n’a pas de projet assez puissant pour convaincre, il se réfugie dans la contrainte. Parce qu’il n’a pas de résultats capables de parler au peuple, il organise le silence. Parce qu’il ne croit pas au génie des Tchadiens, il préfère les contrôler plutôt que les libérer.


La lâcheté, ici, n’est pas une question de courage physique. Elle est morale, politique et historique. C’est la lâcheté de celui qui dispose de l’État, du budget, de l’administration, de l’armée, des institutions, des partenaires extérieurs, des instruments de communication politique mais qui ne parvient pas à bâtir une école digne, un hôpital accessible, une justice crédible, une administration méritocratique, une économie qui crée des emplois, une République qui protège les faibles au lieu d’écraser les sans-voix.


Le Tchad n’a pas besoin d’un chef qui survit. Il a besoin d’un dirigeant qui transforme. Il n’a pas besoin d’un pouvoir qui se protège contre son peuple. Il a besoin d’un État qui protège le peuple contre la misère, l’arbitraire, l’injustice, la peur et l’humiliation. Car le peuple tchadien ne demande pas l’impossible. Il demande que l’État cesse d’être la propriété d’un clan, d’un parti, d’un réseau ou d’une famille pour se mettre à soigner ses maux.


La vraie grandeur d’un président ne se mesure pas au nombre de titres, de voitures blindées de son convoi, de courtisans ou de discours. Si le pouvoir ne s’occupe pas des problemes du peuple, alors le pouvoir n’est plus un mandat. Il devient une occupation du présent par ceux qui refusent d’ouvrir l’avenir.


Mais les Tchadiens savent que le Tchad n’est pas pauvre parce que les Tchadiens manquent d’intelligence. Ils savent que le Tchad est pauvre parce que son génie national est étouffé. Qu’il n’est pas condamné au désordre, mais qu’il est maintenu dans le désordre par ceux qui profitent de l’absence de règles. Qu’il n’est pas incapable de progrès mais il est empêché de progresser par une gouvernance qui préfère la loyauté à la compétence, la peur à la confiance, la rente à l’innovation, la propagande aux résultats.

La lâcheté du président, c’est donc de ne pas croire que ce pays peut devenir autre chose qu’un territoire de survie. C’est de ne pas croire que les Tchadiens peuvent être gouvernés par la dignité plutôt que par la peur. C’est de ne pas croire que l’État peut devenir un instrument de justice au lieu d’être une machine de domination.


Mais l’histoire ne s’arrête pas à la peur des gouvernants. J’aurais l’occasion de parler également de la peur des communautés et du necessaire courage du citoyen.


Oui, l’aube doit se lever sur toutes nos peurs.


Djoret

Djoret Biaka Tedang

Djoret Biaka Tedang

Auteur et analyste politique

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